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Marie Patouillet, la combattante sur la route de Tokyo !

Marie Patouillet est désormais vice-championne du monde, et double championne de France de paracyclisme dans sa catégorie. Trois ans seulement après avoir débuté le vélo. Des progrès fulgurants qu'elle doit en partie aux conseils de son entraîneur, un certain Grégory Baugé.


Rien ne le laisse à penser tant son allure à vélo est impeccable. Marie Patouillet est née avec une malformation. Un pied gauche privé de deux orteils et une cheville dysfonctionnelle, ainsi qu'une forte différence de longueur de jambe, l'empêchèrent, certes, de courir « normalement », mais certainement pas de courir.


Rien ne la détourna de son goût pour l'effort physique. Ni une intervention chirurgicale consistant à bloquer momentanément la croissance de sa jambe la plus longue, ni même le regard des autres et les moqueries dont elle eut à souffrir. Elle s'aligna régulièrement sur le cross de l'école, et pratiqua toutes sortes de sports : natation, tennis, ski, surf, hand... « Bien sûr, dit-elle, il ne fut jamais question pour moi de haut niveau, mais j'adorais le sport. Y compris comme spectatrice : je regardais l'athlétisme à la télévision. »


Vers sa vingtième année, la situation se dégrade et, arrivée à 25 ans, il lui est devenu impossible de courir. « La surface d'appui très diminuée de mon pied a entraîné une sorte d'usure prématurée, l'arthrose était bien installée, et je faisais des entorses à répétition », explique la jeune femme. Comme bien des gens à qui la course à pied pose problème, Marie a le choix entre la natation et le cyclisme. Le destin prend le visage d'une amie qui, travaillant pour ASO lui obtient un dossard pour l'Étape du Tour. Pari relevé. Au printemps 2017 elle achète un vélo, et en juillet elle rame sur les pentes de l'Izoard, la voiture-balai sur les talons, mais elle n'abandonne pas, et va au bout des 180 bornes ! Elle qui, à la ville, exerce comme médecin généraliste sait que « c'était une bêtise. Mais j'étais en deuil de la course à pied ».


Ayant cependant « pris beaucoup de plaisir » elle s'adresse à la FFH (la fédération handisport), qui la renvoie vers le club de Villeneuve-la-Garenne. Les débuts ne sont pas évidents : « J'ai dû participer à une première course internationale, pour que ma classification soit validée : ça a été apocalyptique. Je n'avais aucun bagage, je ne savais pas m'abriter dans les roues, j'ai passé cinquante bornes comme en contre-la-montre », dit-elle en riant.


Début 2018, elle fait un baptême sur piste au Vélodrome National. Coup de foudre. « J'ai tout de suite accroché, raconte-t-elle. Outre la sensation de vitesse, j'apprécie de pouvoir mesurer ma performance, et surtout, le fait d'être à moi-même ma principale adversaire. Il y a une dimension introspective dans ce type d'effort. »


Une rencontre extraordinaire !


Classée en WC5 (le niveau de handicap le plus léger), elle fait bientôt des temps très honorables. Cette pépinière de pistards qu'est l'US Créteil l'invite à rejoindre ses rangs. Elle commence à s'entraîner à l'INSEP, et c'est là qu'elle croise Grégory Baugé. L'homme est baraqué et intimidant, précédé d'un surnom qui ne l'est pas moins (« Le Tigre »), pour ne rien dire de son palmarès (10 titres de champion du monde en vitesse, individuelle et par équipes). « Mais en fait, dit Marie, il est d'une grande douceur dans sa façon de donner des conseils. » Car, bien qu'encore actif à l'époque, le décuple champion du monde, assiste déjà aux séances du club en qualité d'entraîneur.


De son côté, la paracycliste se consacre au 500 m - et secondairement à la poursuite. « Au début, Greg m'observait, sans plus, explique la jeune femme. Mais il a vu mon temps s'améliorer. C'est quand j'ai fait les minima pour les championnats du monde qu'il m'a dit : "maintenant, il faut avancer techniquement." » Dans un premier temps, la date des Mondiaux étant trop proche, l'enseignement du maître se limite à la dimension technique. « Mais techniquement, insiste Marie, le départ arrêté c'est un défi énorme. Réduire le temps réaction, maîtriser sa trajectoire... ensuite il faut savoir gérer le lactique, ne pas se laisser déporter, etc. » Et Baugé, pendant près de 15 ans, fut le démarreur titulaire de l'équipe de France de vitesse.


Après la médaille de bronze de sa protégée aux mondiaux d'Apeldoorn en 2019, le Tigre ne se contente plus de conseils techniques et prend en charge toute la planification de son entraînement. « J'ai beau être médecin, dit Marie, on a besoin d'un regard extérieur pour prendre les bonnes options. Et l'expérience de Greg est juste phénoménale, on n'imagine pas l'étendue de son savoir. Je ne saurais pas faire sans lui. Là où il veut m'emmener, c'est là où je veux aller, j'ai une confiance totale. Quoi qu'il m'arrive en termes de résultat, c'est une rencontre extraordinaire. »


En février 2020, Marie Patouillet est devenue vice-championne du monde sur 500 m, décrochant aussi le titre de l'omnium. Ce faisant, ayant franchi la barre des 37''5, elle s'est également qualifiée pour les Jeux Paralympiques de Tokyo. Mais au Jeux, catégories C4 et C5 étant mélangées, s'applique un barème de pondération, qui place la barre, pour elle, autour de 36''. Gagner une seconde et demie, n'est-ce pas beaucoup ? Sa réponse : « Je ne suis pas épaisse, mais j'ai les bonnes fibres ! » Et une grande combativité !



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